jeudi 21 mai 2009

Le varron

Le texte suivant est tiré du site du Ministère de l'Agriculture... il était bon, je ne vois donc pas l'utilité d'y retoucher !
Fig.1 : Cycle biologique des hypodermes
Fig.1 Cycle biologique des hypodermes

Ici, en Corse, le varron est très présent, on le trouve dans tous les élevages bovins dont les animaux ne sont pas traités au Virbamec D, qui est le traitement le plus courant/efficace/ moins cher sur le marché, dans les larges spectres.
Une petite photo perso de varron sur une vache locale :

On voit deux abcès, pas tout à fait "mûrs" puisque la photo date de mars, et que le maximum de la taille des abcès est en général observé un mois plus tard. Au maximum, ils sont de la taille d'une demi-balle de ping-pong à peu près.

La Corse et la FCO, une longue histoire !

Les sérotypes présents en Corse

Bien avant nous, les Corses (et surtout les éleveurs ovins) ont appris à vivre avec la FCO.
Pourvue depuis presque une dizaine d'années de différents sérotypes, l' Ile de Beauté est un nid à Culicoides...Dans le quinté gagnant, nous avons :

-sérotype 16 : présent pendant plusieurs années, il tend aujourd'hui à se raréfier, et on ne vaccine plus contre ce sérotype.

-sérotype 2 et 4 : présents depuis le début des années 2000, peu d'éleveurs vaccinaient, jusqu'au jour où une mortalité importante est apparue, et une bonne partie des troupeaux a été décimée (jusqu'à la moitié du troupeau dans certains cas, sans parler de l'énorme perte de production laitière) Autant dire que depuis, tout le monde vaccine, d'autant que la vaccination est prise en charge par l'Etat. Les éleveurs ne payent rien.

-sérotype 1 : présent sur l'Ile depuis 2 ans, on vaccine depuis le printemps 2008 (comme sur le continent en somme), en plus de la vaccination pour les sérotypes 2 et 4 (vaccin combinant les 2 valences heureusement).

-sérotype 8 : présent en Sardaigne, et donc potentiellement en Corse (10km de mer entre les deux, et de TRES nombreux transports d'animaux entre les 2 îles sans contrôles sérologiques). Les ovins ne sont pour le moment pas vaccinés.

Les bovins et la vaccination

En ce qui concerne les bovins, ils n'ont jamais été vaccinés en Corse et ne le sont toujours pas à l'heure actuelle. En ce qui concerne l'impact de la maladie sur l'élevage bovin, elle est délicate à évaluer : tous les élevages ont des problèmes de repro, mais ils ne sont pas suivis, les vaches ne sont pas alimentées correctement, elles sont libres dans le maquis, donc pour savoir ce qui est dû à la FCO et ce qui est dû au reste, ce n'est pas évident !


Les ovins et la vaccination

La présence de tous ces sérotypes fait que les brebis sont surchargées en doses vaccinales : pour bien faire, ici, il faut faire les vaccins suivants :


-entérotox (coglovax ND)

-piétin (footvax ND)

-FCO 1

-FCO 2 et 4

Il ne reste plus qu'à rajouter le 8, et on est complet ! Sachant que chaque vaccination entraîne immanquablement une baisse de production laitière non négligeable, et diminue les performances repros des béliers sur une petite semaine... Il faudrait donc pouvoir vacciner hors lactation, hors lutte, et hors mise bas pour éviter les avortements.... c'est à dire, à peu près jamais ! C'est un réel problème ici qui fait que certains éleveurs refusent la vaccination FCO (alors même qu'elle est obligatoire). Ils fanfaronnent même parfois en prétextant que depuis 2 ans qu'ils ne vaccinent plus, ils n'ont pas de mortalité, comme quoi ce vaccin ne sert qu'à nous remplir les poches, nous vétos...(alors que bon, à la limite ce ne sont pas eux qui payent, alors on voit pas trop en quoi on les vole !!!) M'enfin.... Un petit cours d'épidémio en arrière nous rappelle que 80% de cheptels vaccinés donnent une bonne couverture à l'ensemble des cheptels... D'où les fanfarons (moins de 10%) qui ne vaccinent pas et n'ont pas de cas... Ils profitent de la couverture vaccinale des voisins !

Petit cas clinique de suspicion FCO

Mais alors, en pratique, de la FCO, on en voit ici ?


A vous de me le dire :


Sur un troupeau on observe les symptômes suivants :

Ecoulements au niveau des yeux, les brebis pleurent littéralement



Boiteries marquées sur un animal sur dix en moyenne

Langue colorée, par petits points ou de manière plus générale



Jetage important sur un animal sur dix également



Pas d'hyperthermie franchement marquée, mais abattement général au niveau du troupeau

Conclusion ???? FCO me direz-vous ! Eh bien..... NON !

- Pour les brebis ayant les yeux qui coulent, ce n'est qu'une conjonctivite contagieuse, probablement bactérienne, et tout est très vite rentré dans l'ordre avec qqs noisettes de Mastijet dans les yeux, 2 fois par jour, 1 semaine (hors AMM, hein, le Mastijet, ça ne sert pas à ça de base ! Mais il se trouve que ça marche très très bien, pour pas cher !)

-Pour les boiteries, c'était du piétin, eh oui, ici c'est le premier fléau en élevage ovin (petit post sur le sujet bientôt)

-Pour le jetage et l'abattement : c'est du parasitisme : strongles pulmonaires et petite douve...
Un petit coup de vermifuge et hop ! c'était réglé...

-Mais la langue me direz-vous ? Eh bien il existe (ici en tout cas) bon nombre de brebis dont la langue est pigmentée, soit carrément noire (pour les brebis noires) soit avec des petites taches, soit un peu violacée... mais rien a voir avec une quelconque pathologie...:)

Voilà, voilà, à noter que dans ce cas précis, une PCR était quand même partie en suspicion FCO et elle est revenue négative.

mardi 19 mai 2009

Parasitologie illustrée des ruminants corses

S'il y a bien qqch de commun à tous les élevages ici, c'est la présence, voire même l'omniprésence de parasites dans les élevages.

Pour les petits ruminants, en dehors de tous les strongles classiques, on trouve quasi-partout :
-Grande douve
-Petite douve
-Oestrus (l'écoulement nasal est assez caractéristique)

-Dictyocaule (cf photos plus bas)

-Gale psoroptique (pas dans tous les élevages)



Il m'est même arrivé sur une autopsie de trouver un beau "combo" sur un bélier :

Dictyocaulus viviparus



Kystes hydatiques



Grande et petite douve (pas de photos, ça ne rendait rien)
Strongles divers et variés (idem)

Le bélier en question pesait 30kg, au lieu de 60 dans un état sanitaire correct.

Au niveau du traitement, on trouve le Virbamec D, l'Hapadex, l'Acadrex, et la bouillie bordelaise, utilisée en "tartine" pour la gale. En lactation, le produit le plus utilisé reste l'Oxfenil qui a un délai d'attente lait nul. En pratique, les éleveurs font une copro (10€) de mélange du troupeau, et on traite avec le vermifuge le plus adapté, au lieu de leur vendre toujours un large spectre, où des résistances finissent par apparaître.


Pour les bovins, on trouve à peu près tous les strongles aussi, ainsi que :
-Grande douve
-Petite douve
-Oesphagostomum radiatum (lésions en grain de plomb sur l'intestin)

-Tiques (et donc les piroplasmoses associées)

-Varron


Le traitement de choix reste donc le vermifuge à base d'ivermectine : Ivomec D ND ou Virbamec D ND, un peu moins cher. Bien entendu, il serait judicieux de vermifuger 2 à 3 fois dans l'année, en changeant de molécule, seulement les éleveurs ici, pour l'immense majorité, ont des vaches en plein maquis, qu'ils attrapent au mieux 1 ou 2 fois dans l'année pour la prophylo et la vermifugation, et c'est déjà toute une aventure !

vendredi 8 mai 2009

Le fromage corse, le fameux ! et la gestion associée du troupeau

Je profite de ce petit jour férié pour vous parler du fromage corse.
On le connaît tous, de nom, parce qu'on dit qu'il pue et qu'il est bon, mais savez-vous comment il est fait ?
Tout d'abord, le lait : il vient de ...... vache ? non, perdu, de brebis et de chèvres, uniquement !
Pour avoir son appellation fromage corse, il doit être fait avec du lait de brebis/chèvres, uniquement de race corse. Ca, c'est la théorie, puisque bon nombre de troupeaux ont des croisements de brebis sardes. On en revient un peu, mais ça a été la mode pendant un temps, parce qu'elles produisent plus (mais mangent plus et sont moins bonnes en repro, d'où le revirement de situation)
Il faut savoir que les brebis corses sont de petites productrices de lait, comparées aux brebis du continent, et que pour encourager le maintien de la production, le lait est payé plus cher que sur le continent. (a venir un message sur la race corse, en brebis)
Les fabrications de fromages, lorsqu'ils sont sous l'appellation fromage corse, sont souvent des petites productions, certains éleveurs faisant eux-mêmes leur fromage. D'autres vendent en laiteries, et le fromage est alors estampillé sous le nom de la laiterie.
Enfin, certains, qui produisent en race non exclusivement corse, vendent à l'entreprise "Société" qui en fait du "roquefort" (enfin, du bleu, puisque du coup il n'a pas le droit de s'appeler Roquefort).... C'est assez hallucinant puisque Société achète le lait des producteurs corses, mais aussi italiens (sardes surtout) pour faire un fromage typiquement "français" sous pretexte que le côut de fabrication est ainsi moindre... mouais, bon... c'est un peu triste quand même...

En ce qui concerne la production locale, elle est donc saisonnière, puisqu'elle dépend de la lactation des brebis. Le cycle de production est donc calqué sur le cycle de reproduction du troupeau.
En brebis, les mises-bas ont lieu de fin aôut à décembre, (d'abord en plaine, puis en montagne), l'immense majorité se déroulant en monte naturelle, sans pose d'éponges.
Les dernières à mettre bas, dites "tardives" sont souvent les agnelles de l'année d'avant, et quelques brebis, qui pour une raison ou une autre ont été un peu longue a être pleines (avortement précoce, brebis peu "coopérative" avec les béliers...)
Les agneaux sont élevés sous la mère et abattus entre 1 et 2 mois, ou vendus à 5kg aux Sardes.
Seules les agnelles destinées au renouvellement sont conservées, et par principe, aucun agneau de tardive, né trop tard dans la saison, n'est conservé : ils "profitent" moins, et coûtent trop cher à garder en renouvellement.
La production de lait et donc de fromage, s'étale donc de novembre à juillet en gros, avec un pic en février/mars (où les brebis sont au pic de lactation et où les tardives font leurs agneaux et grossissent l'effectif du troupeau laitier). Avec l'arrivée de l'été, les brebis se tarissent, petit à petit, et c'est tant mieux puisqu'elles débutent une nouvelle gestation.
La fabrication du fromage dépend ensuite d'un savoir-faire local, qui se transmet en famille, entre amis, ou de manière régionale. Il y a donc autant de fromages qu'il y a de bergers.
Les Classiques sont les suivants :

Sartinese : fromage de garde à pâte pressée, ferme

Bastelicaccia : pâte molle à croûte fleurie, et d’affinage court (20 à 30 jours)

Venachese : pâte molle à croûte lavée, et d’affinage moyen : 45 jours, dont le Filetta (ci dessous)

Niolincu : pâte molle à croûte raclée, plus salée et plus affinée (90 jours)

Calinzana : pâte molle à croûte raclée, fortement salé au début pour permettre un affinage long (entre 4 et 8 mois). Ce fromage développe alors des arômes puissants.

L'incontournable en Corse, reste le Brocciu, qui a une AOC depuis 1983.
Il est fabriqué à partir de petit lait (lactosérum) auquel on ajoute du lait entier dans une proportion variant de 25 à 35 % et du sel. Il est vendu soit frais, dans sa faisselle de jonc ou dans une faisselle en plastique, soit affiné, pendant au moins 21 jours et jusqu'à plusieurs mois, sous le nom de Brocciu passu.

Un autre fromage incontournable et A Filetta (qui signifie fougère en Corse) car il est décoré d'une feuille de fougère, et que le lait coule sur ces feuilles de fougère au moment de sa préparation, ce qui donne un goût particulier à ce fromage. La fougère est par ailleurs une fort symbole de l'identité corse.

voilà, c'était un petit début... Attention au jour où j'aborde la charcuterie ! Vous allez saliver :)

Pour en savoir plus sur les fromages corses :
http://www.fromages.com/cheese_library.php?composition=0&pate=0&region=107